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Le Figaro (Fr), May 16, 2016

Keanu Reeves: "I have never watched a movie on my phone"

The actor is behind a documentary, Side by Side, on the digital revolution, to be screened on OCS City on May 16 at 11pm.

by Céline Fontana

(Translated from French by LucaM; translation edited by Anakin McFly)

Keanu Reeves will be part of the cast of The Neon Demon – which will be released on June 8, by Nicolas Winding Refn (director of Drive), and presented at Cannes. He’s also filming John Wick, Chapter Two. But it is to present his documentary on digital cinema to a small group of reporters that the Matrix hero came for 24 hours to Paris in mid-May. In Side by Side, the documentary on the digital revolution that he produces, meets with the greatest film directors - Steven Soderbergh, Martin Scorsese, David Fincher, George Lucas, David Lynch... - as well as cinematographers or actors - John Malkovich... - in order to discuss the consequences of the widespread use of digital camera.

Why ‘Side by Side’?

The idea came to me when I was shooting the movie Henry's Crime in 2011. It was filmed on celluloid and, at the end of the shoot, we were in New York, in Technicolor, and we were comparing the celluloid copy and a digital copy. Paul Cameron, the director, showed me what he was doing with his digital camera and I was like, "Oh my god, what is this evolution-revolution? Is this the end of celluloid?"

I decided to go on an expedition to find out what it really was!

How did you get into the role of the interviewer?

When I was young, I hosted a talk show for children and, at 17, I started interviewing people. I really liked it. I loved to investigate a subject, personalities, and meet them. It also taught me how to talk to these completely passionate people.

Is it more difficult to inspire people with digital?

For the documentary, among those interviewed, many had a relationship to cinema dating from their childhood experiences, it was something sacred, watching a movie in groups, on a larger-than-life screen. Some had the feeling of losing something with digital cinema, be it at the level of craft or of the end result. But despite the technology issues, the passion, the excitement of storytelling is not lost. Hollywood is called the "dream factory". When people talk of celluloid, they use more metaphors relating to dream. Before, with film, there was talk of story, now with digital, we say content. This relationship between content and story, spectator and audience, is evolving.

Were you aware, before starting the documentary, of the importance of this< revolution?

Absolutely not. When I started, I didn’t think that Henry's Crime, the project I was working on, would be the last film of that kind [filmed on celluloid] that I would do. In 2011, filming on celluloid remained the most used technique. Today, in 2016, it is the one used the least or almost not at all. George Lucas, a pioneer in this area, had been ostracized from Hollywood and considered the devil. Yet he was right.

What changes for you on a digital shoot?

I miss the sound of the camera. And it's harder to concentrate.

You made your own movie - Man of Tai Chi, 2013 - digital...

The producer told me: "You'll shoot in digital!". I asked "Why?" They answered: "The money!". I said, "Okayyy!" The experience on this documentary was therefore welcome. I knew how things were going with a digital camera. Each new model of digital camera has its own characteristics and a way to create a color, it gives a different result in color. There's a huge amount of work done on the objectives, the software adds grain or soften some aspects of the end result.

The project of The Screening Room, a platform offering streaming service for movies the day of their release in theaters, defended by Peter Jackson, Martin Scorsese and Steven Spielberg, is it going to kill cinema?

One can now watch Lawrence of Arabia on one’s phone! The digital allows so many ways of distribution and of telling stories in such different ways. Technology truly imposes on traditional distribution methods. Distributors bristle but a big wave is coming. Meanwhile, I have also found that people are trying to create new kinds of shared experiences. We see emerging entertainment parks in 4D. In China, they project TV shows in theaters; in France they show concerts. There is no doubt a boost from the market that sees an opportunity to financially enhance the experience but people still like to gather, go out ...

On what do you watch movies?

I've never watched a movie on my mobile but it's nice to take a peek at YouTube from time to time!



In its original French:

Keanu Reeves : «Je n’ai jamais regardé un film sur mon téléphone»

Le comédien est à l’origine d’un documentaire, Side by Side, la révolution digitale, à découvrir sur OCS City le 16 mai à 23 heures.

Keanu Reeves sera à l’affiche le 8 juin de Neon Demon, de Nicolas Winding Refn (réalisateur de Drive), présenté à Cannes. Il prépare aussi John Wick, Chapter two. Mais c’est pour présenter son documentaire sur le cinéma numérique à un petit groupe de journalistes que le héros de Matrix est venu 24 heures à Paris mi-mai. Dans Side by Side, la révolution digitale, qu’il produit, il est parti à la rencontre des plus grands réalisateurs de cinéma - Steven Soderbergh, Martin Scorsese, David Fincher, Georges Lucas, David Lynch …- comme de directeurs de la photo ou de comédiens - John Malkovich… -, afin d’évoquer les conséquences de la généralisation de l’usage de la caméra numérique.

Pourquoi Side by side ?

L’idée m’est venue alors que je tournais le film Henry’s crime en 2011. Il a été filmé sur celluloïd et, à la fin du tournage, nous étions à New York, chez Technicolor, et nous avons rapproché la copie en argentique et une copie numérique. Paul Cameron, le réalisateur, m’a montré ce qu’il faisait avec le numérique et je me suis dit: «Oh mon dieu, qu’est-ce que cette évolution-révolution? Est-ce la fin du celluloïd?» J’ai décidé de partir en expédition afin de savoir ce qu’il en était vraiment!

Comment êtes-vous entré dans la peau de l’interviewer?

Quand j’étais jeune, j’animais d’un talk-show pour enfant et, à 17 ans, j’ai commencé à interviewer des gens, ça me plaisait beaucoup. J’adorais enquêter sur un sujet, des personnalités, et les rencontrer. Ça m’a beaucoup appris aussi de parler à ces gens totalement passionnés.

Est-ce plus difficile de faire rêver les gens avec le numérique?

Pour le documentaire, parmi les personnes interviewées, beaucoup avait une relation au cinéma qui datait de leur enfance, l’expérience, sacrée, de regarder un film en groupe, sur un écran plus grand que la vie. Certains avaient le sentiment de perdre quelque chose avec le cinéma digital, que ce soit au niveau de l’artisanat ou du résultat même. Mais, en dépit des questions de technologie, la passion, l’excitation de raconter des histoires n’est pas perdue. On appelle Hollywood «la fabrique à rêves». Quand les gens parlent du film argentique, ils utilisent plus de métaphores se référant au rêve. Avant, avec la pellicule, on parlait d’histoire, désormais, avec le numérique, on dit contenus. Cette relation entre contenu et histoire, spectateur et audience, est en train d’évoluer.

Êtiez-vous conscient, avant de démarrer le documentaire, de l’importance de cette révolution?

Absolument pas. Quand j’ai commencé, je n’imaginais pas que Henry’s Crime, le projet sur lequel je travaillais, serait le dernier film du genre que je tournerais. En 2011, la pellicule restait la technique la plus utilisée. Aujourd’hui, en 2016, c’est celle qu’on utilise le moins voire quasiment pas. George Lucas, pionnier en ce domaine, avait été mis au ban d’Hollywood et considéré comme le diable. Il avait pourtant raison.

Qu’est-ce qui change pour vous sur un tournage numérique?

Le bruit de la caméra me manque. Et il est plus difficile de se concentrer.

Vous avez réalisé votre propre film - L’Homme du Tai Chi, 2013 - en numérique… Les producteur m’ont dit: «Vous allez tourner en numérique!». J’ai demandé «Pourquoi?». Ils ont répondu «: L’argent!». J’ai dit: «Okayyy!» L’expérience acquise sur ce documentaire était donc bienvenue. Je savais comment les choses se passent avec une caméra digitale. Chaque nouveau modèle de caméra digitale a ses propres caractéristiques et une façon de créer un chromatique, elle donne un résultat différent au niveau des couleurs. Il y a un énorme travail fait sur les objectifs, les logiciels pour ajouter du grain ou adoucir certains aspects du résultat.

Le projet de The Screening room, plate-forme offrant un service de streaming des films le jour de leur sortie en salles, défendu par Peter Jackson, Martin Scorsese ou Steven Spielberg, va-t-il achever le cinéma?

On peut désormais regarder Lawrence d’Arabie sur son téléphone! Le digital permet de diffuser de tant de façons et de raconter des histoires de manières si différentes. La technologie s’impose véritablement sur les méthodes traditionnelles de diffusion. Les distributeurs se rebiffent mais une grande vague arrive. Parallèlement, j’ai aussi constaté que les gens essayent de créer de nouveaux types d’expériences partagées. Nous voyons émerger des parcs d’attractions en 4D. En Chine, ils projettent des émissions de télévision dans les cinémas, en France, ce sont des concerts. Il y a sans doute une impulsion de la part du marché qui y voit une opportunité de valoriser financièrement cette expérience mais les gens aiment toujours se rassembler, sortir…

Sur quoi regardez-vous les films?

Je n’ai encore jamais regardé un film sur mon mobile mais c’est sympa de jeter un œil de temps en temps sur YouTube!




Article Focus:

Side by Side

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Side by Side, Neon Demon, The, John Wick: Chapter 2, Henry's Crime, Man of Tai Chi




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